Visite de l'Archéoparc

Le bas fourneau et les bâtiments en matériaux légers

Dès le début de l'exploitation du domaine mais davantage encore après l'abandon de l'habitation du maître au IIIe s., les habitants se sont tournés vers la métallurgie du fer. Les Gallo-Romains exploitaient des gisements de minerai de fer du sous-sol et pratiquaient la réduction de minerai dans des bas fourneaux construits en terre crue. Aucune trace de bas fourneau n'a été repérée au cour du domaine mais il est vraisemblable, d'après les données issues des fouilles du XIXe s., que de tels dispositifs existaient aux alentours. Les données archéologiques montrent cependant que les habitants du domaine pratiquaient bel et bien les autres activités liées à la sidérurgie, l'affinage des éponges et le forgeage des objets, deux opérations qui avaient lieu dans le même type de foyers. Ils travaillaient aussi de manière ponctuelle le bronze, en témoignent des fragments de creusets, et peut-être le verre comme l'attestent les restes de ce qui pourrait bien être un four de verrier.

L'archéologie expérimentale permet de comprendre la manière dont était aménagé un bas fourneau et dont il fonctionnait. La réduction de l'oxyde de fer est obtenue en chauffant au moyen de charbon de bois le minerai à une température pouvant aller jusqu'à 1400° C. On obtient en fin de processus une éponge de fer, encore chargée de déchets et de charbon de bois, ainsi que des scories. Il faut ensuite affiner cette éponge dans des foyers d'affinage et en chasser les scories par martelage. Le lingot de fer ainsi obtenu peut enfin être travaillé à la forge.

Les Gallo-Romains utilisaient énormément l'argile comme matériau de construction ou pour la production de céramiques. Des reconstitutions permettent de comprendre et d'expérimenter le fonctionnement d'un four à pain, construit en terre mélangée à de la paille ou l'édification de murs en torchis ou en pisé.

Les animaux

L'élevage d'animaux de ferme à Malagne poursuit un triple but : reconstituer la vie du domaine à l'époque gallo-romaine, sauvegarder des races d'animaux domestiques peu représentées à l'heure actuelle et les utiliser lors d'expérimentations archéologiques. Des races représentant le cheptel gaulois, romain ou gallo-romain de bovins, chevaux, moutons, chèvres, oies et poules sont représentées à Malagne. Elles ont été choisies en raison de leur ressemblance morphologique avec les races anciennes, sont assez rustiques et d'élevage facile. Peu connues des éleveurs, ces races représentent une richesse en voie de disparition et leur sauvegarde s'impose en tant que réservoir génétique d'espèces domestiques.
Les données archéologiques indiquent que le bétail gaulois était souvent plus trapu, plus petit et plus robuste que le cheptel d'époque romaine. Ces animaux servaient à toutes les fins : produits de bouche, force de trait pour les travaux des champs et les transports, ... Les différences de stature qui apparaissent à l'époque gallo-romaine sont autant le résultat d'importations de nouvelles races venant d'Italie ou d'ailleurs que du développement des techniques d'élevage.

L'annexe reconstruite

Un des bâtiments annexes du domaine a été entièrement relevé, ce qui donne une idée de la taille des constructions gallo-romaines mais surtout de leur hauteur. Les proportions originales ont été conservées, quoique le nouvel édifice ait été rebâti à l'extérieur des fondations laissées en place et restaurées à l'ancienne. L'ensemble a été relevé en matériaux modernes, les pierres calcaires d'origine ayant été emportées au cours du temps pour être réaffectées à la construction d'autres habitations ou utilisées dans les fours à chaux. La conservation du patrimoine archéologique est en effet une notion relativement récente, mais souvent bien connue des enfants qui parlent de vol en réponse à la question de savoir que sont devenus les matériaux.
L'intérêt de cette annexe réside aussi dans l'outillage agricole - araire et moissonneuse gallo-romaine - que l'on y présente. Décrite par deux auteurs latins - Pline l'Ancien et Palladius -, la moissonneuse trévire (vallus en latin) est visible sur plusieurs bas-reliefs d'époque romaine découverts à Buzenol, Arlon, Reims, Coblence et Trèves.
Le Laboratoire d'Archéologie Classique de l'ULB, dirigé par le Prof. G. Raepsaet, a procédé à la reconstitution de cette machine et à son expérimentation à Malagne. Outre des données concernant la moissonneuse proprement dite, on a pu reconstituer pour la première fois au monde et sur des bases scientifiques solides une traction antique basée sur l'attelage d'un âne au jouguet. Cette expérimentation débouche par conséquent sur d'autres recherches consacrées aux attelages et transports antiques.

La mare

En direction du corps de logis, on peut entrevoir la mare gallo-romaine, attestée par des études palynologiques (prélèvement et étude des pollens conservés dans les sédiments). Ce point d'eau constituait un abreuvoir saisonnier pour les animaux élevés dans le domaine. Creusé dans un terrain schisteux, donc argileux et imperméable, il était alimenté exclusivement par les eaux de pluie.

Le coeur de la villa : le corps de logis

Ce vaste bâtiment, disposant de tout le confort requis par le maître du domaine, est particulièrement remarquable par les thermes qui en occupent une aile entière. Après les fouilles et afin de le présenter au public, l'édifice a été restauré. La technique utilisée dans un premier temps s'appelle le gunitage. Elle permet de consolider les murs en injectant du ciment moderne dans les interstices de la maçonnerie. Cependant, cette méthode ne constitue pas une panacée universelle et des interventions plus limitées utilisant un mortier de chaux, plus proche des méthodes de construction antiques, ont régulièrement lieu.
Le corps de logis, d'environ 100 m, présente un plan d'ensemble allongé dont l'homogénéité a été conservée au fil des transformations et ajouts successifs. Le début de la construction remonte en effet au Ier s. de notre ère et des modifications sont visibles jusque dans le courant du IIIe s., lorsque le bâtiment a été victime d'un incendie et abandonné.
L'édifice regroupe les pièces d'habitation et de réception principales (salle à manger, cuisine, chambres), des caves et d'autres locaux dont l'utilisation reste difficile à préciser. Il est entouré, sur trois côtés, d'une galerie couverte dotée de colonnes de près de 4 m de haut. Quelques fragments en sont conservés dans les vitrines de l'Accueil. Situé sur le point le plus élevé du domaine, l'aménagement a nécessité d'importants travaux de terrassement pour rattraper la pente. Il a fallu recreuser la roche pour construire les thermes et prévoir, au fil des transformations, quatre contreforts semi-circulaires pour soutenir le pignon septentrional.
Une des caves, située à l'arrière du corps de logis, conserve toute son élévation. On peut y voir les niches qui servaient à déposer les lampes à huile, un soupirail et des trous de boulin, laissés dans les murs lors du retrait des échafaudages. La partie inférieure des parois révèle également d'autres détails de la construction. On distingue très nettement les joints tirés à la dague qui lient les moellons de calcaire, afin de faciliter l'accrochage de l'enduit.
En façade et sous le niveau d'habitation se signale une pièce accessible uniquement de l'extérieur. Dotée de deux soles de foyer, d'une niche et d'un portail supporté par quatre piliers, cette dernière est interprétée comme un lieu de culte domestique, un laraire.
A l'autre extrémité de l'habitation, du côté sud, une aile de 30 m de long a été aménagée en thermes. Les différentes pièces sont encore visibles, bien que le parcours ne soit pas défini avec une totale certitude. On retrouve cependant assez aisément le vestiaire (apodyterium), les pièces chaude (caldarium), tiède (tepidarium) ou froide (frigidarium) ainsi que l'étuve (sudatorium).
Le caldarium conserve les traces d'une baignoire et d'un hypocauste. Ce système de chauffage par le sol, alimenté par un feu situé dans l'aire de chauffe, consiste à guider l'air chaud sous le sol et dans les murs des pièces à chauffer. L'air chaud pénétrait par le praefurnium dans un espace laissé libre entre le sol véritable et le sol de la pièce, surélevé par des pilettes de terre cuite, avant de gagner les parois grâce à des tubulures (tubuli) ou éléments creux de terre cuite inclus dans la maçonnerie. L'eau de la baignoire était également chauffée dans une citerne, aujourd'hui perdue, et amenée vers la baignoire par un système de canalisations. On remarque ainsi, au fond de la baignoire, le départ de l'évacuation des eaux usées qui les conduit vers les latrines en contrebas, les toilettes de l'époque. Ces eaux étaient donc récupérées et utilisées comme « chasse ».

Le potager et le jardin des plantes utiles

Les Gallo-Romains consommaient de nombreux légumes, certains connus dans nos régions (poireau, carotte, choux, ...), d'autres importés d'Italie ou d'ailleurs et acclimatés (courge, artichauts, ...), d'autres encore présents à l'état sauvage et simplement récoltés.
Le potager, conçu à la manière romaine, est divisé en planches d'entretien facile groupant les variétés de manière didactique, selon leur utilisation gallo-romaine, qui parfois peut diverger de nos habitudes : légumes-feuilles, légumes-racines, légumes-fruits, . Les recueils de recettes de cuisine romaine conservés font la part belle à ces ingrédients et nous renseignent sur les habitudes culinaires de l'époque.
A côté du potager, la mosaïque ou jardin des plantes utiles, regroupe des espèces servant en vannerie, en corderie, dans la teinture des tissus et de la laine, des espèces médicinales et des aromates.

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